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20 janvier 2014

Du spirituel dans l'art contemporain : Beuys, ORLAN, James Turrell, Maurizio Cattelan, Andres Serrano, Ana Mendieta, Marina Abramovic ...

De nombreux artistes contemporains touchent au domaine du spirituel au travers de leurs créations. Cet intérêt prend les formes les plus variées, allant de la citation plus ou moins littérale de textes sacrés issus des "grandes religions", à des "pratiques fétichistes" qui relèvent du chamanisme, de l'occultisme ou de l’anthropologie plus ou moins assimilés, en passant par diverses attitudes syncrétiques, œcuméniques, néopaganistes...voire  une "mythologie individuelle" (Beuys). Ainsi naissent des mots, des images, des objets et des nouveaux lieux voués aux cultes...


Joseph Beuys, " I like America and America likes me" (1974).© 2013 The Milanese

Des artistes comme Beuys développent des pratiques qui relèvent du chamanisme, avec des objets, des lieux et des performances où le matériau fait sens. On y associera Anselm Kiefer avec ses références aux textes sacrés (même les plus hermétiques, comme la kabbale) et utilisant des matériaux "sacralisés", comme le plomb des toitures de la cathédrale de Cologne. Les performances (sacrifices?) de Ana Mendieta ou Marina Abramovic relèvent également de rituels païens où Éros et Thanatos se rejoignent.


 James Turrell, Roden Crater, Aqua De Luz, Tixcacaltuyub, Yucatan, Copyright James Turrell, Photo by Ed Krupp.

Ne peut-on considérer que certains artistes qui relèvent du landart, comme Walter De Maria, Andy Goldsworthy ou James Turrell , "communient" avec la nature, créent ce que l'on pourrait appeler des "interfaces sacrés" entre les hommes et (les) dieu(x) : ainsi, le Lightning Field, Les Refuges d'art ou le Roden Crater...


Dans l'art contemporain, d'autres artistes prennent une position critique par rapport aux grandes religions comme le catholicisme, souvent avec humour, mais aussi parfois avec férocité, ainsi ORLAN ou Maurizio Cattelan. Partageant cette attitude, Andres Serrano, a fait (encore récemment) scandale avec son Piss Christ (1987) : il a photographié des effets de lumières créés par un crucifix trempé dans l’urine (la sienne); il y a cependant divergence d'avis : d'autres articles parlent d'éosine... ce qui est beaucoup plus hygiénique!

Maurizio Cattelan,"La Nona ora" (1999). Résine polyester, cheveux naturels, accessoires, pierre, moquette. Dimensions variables selon l'espace. Photograph: Attilio Maranzano. Courtesy Galerie Perrotin

Alors que certains plasticiens s'attaquent occasionnellement à des thèmes du domaine religieux (l'exposition "Babel"par exemple), des artiste comme Sarkis, relèvent véritablement de l'art sacré proprement dit, en incorporant ses codes et ses lieux.


Dans "SCULPTURE", de nombreux posts parlent de ces artistes qui touchent au spirituel:


Dans le désordre, quelques "trouvailles" sur ce thème...

Trouvé sur le site Protestantisme et images.com, le travail de Sylvie Lander pour l’église St-Pierre-le-Jeune à Strasbourg (été 2010). Lire également un ensemble d'articles intéressants à propos de la question du spirituel dans l'art contemporain, dont "Le spirituel dans l’art contemporain, Ruptures et convergences", un article de Jérôme Cottin.

 "Une cuve d’or, épousant la forme humaine, emplie d’eau claire, est incrustée dans le sol. Absence du corps, au cœur de la matière, naissance et mort, passage, transformation, circulation, présence du ciel à toucher dans l’obscurité minérale qui invite à entrer en résonance avec la danse immobile des étoiles."


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Dans le cadre de l'exposition "Lost in Paradise" (novembre 2012), au Loft Sévigné "Idris Khan (Pakistan/Royaume-Uni) propose une œuvre multiple qui se nourrit de sa formation musulmane dans les écoles coraniques du Pakistan qu’il a fui. L’apprentissage par cœur des sourates du Coran sans les comprendre est ici fortement traduit par un procédé photographique très spécifique et mystérieux qui consiste à superposer à l’infini des vers de Milton, Paradise Lost. Organisés diversement dans des montages photographiques ou une sculpture, ils deviennent illisibles, aussi incompréhensible que dans le souvenir d’enfance de l’artiste. Mais l’artiste adulte a totalement structuré : la rigueur extrême de la composition pour dire la confusion des origines ! Il propose notamment une corbeille évoquant celles du pèlerinage à la Mecque qui servent à ramasser les pierres lancées par les pèlerins contre le démon, lors du rituel des stèles de Jamarat. Le lien entre le poème sur le mal originel est très fort : dans le vortex de la sculpture semblant ouvert vers les profondeurs de la terre glissent les versets de la sourate semblant intimement mêlés à des vers de Milton. Poésie de l’occident et rituel de l’orient se rencontrent."


Idris Khan, "The Devil’s Wall" (2011). 
Courtesy of Victoria Miro Gallery, London and Yvon Lambert Gallery, New York.

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"La mort de James Lee Byars", à la galerie Marie-Puck Broodthaers, Bruxelles en 1994; sans doute une des oeuvres les plus emblématiques (et les plus reproduites) de l'exposition Deadline (consacrée à l'œuvre tardive de douze artistes internationaux. Chacun d'eux, conscient de la mort imminente, a intégré dans son travail l'urgence de l'œuvre à achever et le dépassement de soi).
Courtesy galerie Marie-Puck Broodthaers, Bruxelles.
Voir l'article consacré à cette expo en 2009 :  http://acasculpture.blogspot.be/2009/11/deadline-last-minute.html

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Un site qui traite de la mort non sans un certain humour, mêlant des créations de toutes origines sur le site "Wellcome Collection": http://www.wellcomecollection.org/whats-on/exhibitions/death-a-self-portrait.aspx

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 "Modos de Devoción", une exposition de l'artiste vénézuélienne Gaudí Esté : des installations ou les animaux sculptés vigoureusement dans le bois (on peut penser à Marini) se prêtent à des rituels mystérieux... Voir cet article d'où provient cet extrait : http://www.arteenlared.com/archivo/2011/modos-de-devocion-la-escultora-venezolana-gaudi-este-expone-en-el-museo-de-arte-moderno-de-bogota.html
En la muestra “Modos de devoción” que se presenta en el MAMBO, la artista exhibe fundamentalmente piezas de las series “Nagual” y “Devoción” –surgidas entre mediados de la década de 1990 y principios de la de 2000, hasta nuestros días-, las cuales, a juicio de Katherine Chacón, están caracterizadas por un volcamiento ritualista, asociado a veces a la muerte, a la prisión, o al desmembramiento, y apoyadas en su mayoría en una iconografía animal, en donde perros, caballos, caimanes, seres alados y sus hibridaciones, convergen, a veces, conformando conjuntos escultóricos o instalaciones.

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"Batman" ©Ribes Sappa
Adrian Tranquilli, artiste d'origine australienne, aujourd'hui installé à Rome, traite de nos mythologies contemporaines lorsqu'il nous dépeint ("désculpte"...) les failles de nos super héros.

Merci à Lola pour ses liens.

12 janvier 2014

Du spirituel dans l'art...contemporain : Anselm Kiefer

Anselm Kiefer, connu pour son travail hanté par l'holocauste, convoque fréquemment les textes de la Torah, de la Bible ainsi que les textes de la Kabbale. Soit en inscrivant directement des fragments de texte sur ses peintures ou sculptures, soit au travers de constructions poétiques et imaginaires. (Aperiatur Terra en 2007 reprenant un extrait d’un verset d’Esaïe 45 "Que la terre s’ouvre", ou l'installation "Palmsonntag - Dimanche des rameaux", 2006 évoquant la fête chrétienne; œuvres toutes deux présentées à Monumenta au Grand Palais).

Anselm Kiefer, "Chevirat Hakelim (Le bris des vases)" (2007); plomb, verre. 
"Chute d’Étoiles" Monumenta.
 
Une autre particularité remarquable de l'artiste étant l'emploi de matériaux à "fort potentiel sémantique" : sable, terre, feuilles de plomb, suie, salive, craie, cheveux, cendre, matériaux de ruine et de rebut... sperme. Il est connu pour avoir récupéré le plomb du toit de la Cathédrale de Cologne lors de sa réfection qu'il a abondamment réutilisé dans son œuvre (les livres entre autres). Cette relation "spirituelle" au matériau le rapprochant de son ainé Joseph Beuys qui employa notamment le miel, le feutre et la graisse (voir plus loin).
"Nous (moi et Beuys) avons une même conception de la matière qui est une enveloppe contenant l’esprit qu’il faut découvrir. Ainsi, chaque plante a un correspondant dans les étoiles, cela lie le macrocosme au microcosme. Nous dépendons du cosmos. Tous nos éléments sont arrivés par des poussières et des météorites."
Interview de Guy Duplat en 2010 dans La Libre.


Anselm Kiefer, "Palmsonntag" (2007); 44 éléments en technique mixte sur panneau, palmier en résine stratifiée, 
briques de terre et support en acier; dimension variable.   
©2010 Anselm Kiefer. Courtesy of the Gagosian Gallery. Photograph © Joshua White


Vous avez exploré le thème de la kabbale, avec le même acharnement que celui de la germanité. Pourquoi cette fascination pour le judaïsme?
Comme je vous l'ai dit, j'ai été élevé dans le catholicisme. J'ai été enfant de choeur et je pourrais encore réciter la messe en latin. Le judaïsme, qui est à l'origine du catholicisme, est donc ma culture. Mais c'est aussi une partie de la culture dont l'Allemagne nazie s'est amputée. C'est la raison pour laquelle je m'y intéresse particulièrement. J'ai découvert que la mystique judaïque était plus riche, plus ouverte, moins dogmatique que le catholicisme. Je m'y suis tellement investi que je la connais parfois mieux que les juifs eux-mêmes. En 1990, j'ai été invité par Itzhak Rabbin à venir faire un discours à la Knesset. J'aurai prochainement une exposition en Israël, à l'occasion de l'inauguration de l'extension du musée de Tel-Aviv.
Extrait d'une interview de l'artiste donnée à l'Express en 2011.
L'artiste s'était il y a quelques années installé à Barjac, "œuvre d’art total et utopique"; lieux qu'il a quittés pour rejoindre Paris dans un ancien entrepôt de La Samaritaine; lire linterview de Guy Duplat en 2010 pour La Libre : "L’atelier XXL d’Anselm Kiefer".


Pour l'anecdote, un article de 2008 qui vaut son pesant d'or : "L'atelier d'Anselm Kiefer cambriolé"
   

10 janvier 2014

Wolfgang Laib, objets et lieux de culte

Avant de devenir un artiste,Wolfgang Laib a étudié la médecine, mais il a conclu que ce domaine traitait dans l'approche occidentale le corps au détriment de l'âme. Pour lui, l'art est une forme de cure spirituelle transcendante qui "nourrit" l'individu. Les matériaux naturels sont au centre de sa pratique artistique: il travaille avec la cire d'abeille, le lait, le pollen, et le riz, créant des formes simples qui visent à communiquer à un niveau universel, au-delà du langage verbal.



Wolfgang Laib, pollen  de noisetier au MoMA (New York) (2013)

" Laib fait souvent des travaux de Land art, dans son travail on peut voir aussi des influences de l'Art minimal. Le travail avec des matériaux naturels, comme la cire d'abeille, le pollen et le riz, est une caractéristique de Laib. Dans les années 1990, il vivait six mois de l'année dans un village de Forêt-Noire où il ramassait le pollen des pissenlits. Il fut surtout connu grâce à Milchsteine (dites pierres de lait) : grands blocs de marbre creusés profondément et remplis avec du lait."
Extrait de la page Wikipedia consacrée à l'artiste (peu fournie)


 Wolfgang Laib, “Milk Stone” au MoMA

Liste d'expositions commentées (en allemand) sur http://www.kunstaspekte.de/index.php?action=webpages&k=678

Wolfgang Laib exposait au MoMA du 23 janvier au 11 mars 2013: voir les vidéo à propos de son travail sur les pollens, à propos des "Milkstone", des "Maisons de Riz", de son espace de vie et de travail.

Propos de l' artiste trouvés sur le site stephan.barron.free :
 "Je collecte le pollen dans ces prairies qui entourent mon atelier, dans la forêt la plus proche (...). Cela commence mi-février avec le fleurissement des noisetiers, et cela dure jusqu'en août, septembre. J'utilise mes doigts pour 'brosser' le pollen des fleurs dans des bocaux. C'est très simple ; avec le pissenlit, par exemple, qui fleuri en juin pendant à peu près un mois, j'obtiens deux gros bocaux. Les pins ont plus de pollen les jours où il fait très beau et donc je collecte plus de pollen. ; ce sont les jours frais, quand il y a du vent que j'en récolte très peu... Après ces quelques mois j' ai donc obtenu quatre, cinq à six bocaux de pollen d' arbres et quatre sortes différentes de pollen."
" Je vis très isolé à l' extérieur d' un petit village — un peu comme sur une île— isolé des gens, de la société, mais aussi de l' art et des artistes. Pour moi, c'est très important d' être indépendant et d' être obligé de faire mes propres affaires. J' essaie de me protéger de la pensée normale de la société, par exemple de la société Allemande. Les moines au Moyen-Age vivaient dans des monastères ou comme des ermites dans des endroits reculés, ou dans d' autres endroits du monde ; les ermites et les ascétiques vivaient dans les forêts ou dans des cavernes dans les montagnes, ils faisaient ça même beaucoup plus extrêmement mais avec les même intentions. Les arbres et les forêts, les rochers et les collines qui m' entourent sont si intemporels, si indépendants et toujours si nouveaux chaque jour. "
Wolfgang Laib, “Rice House” au MoMA



En complément de ces installations, Wolfgang Laib développe une œuvre environnementale, avec entre autres "La chambre des certitudes"; voir le site Wax Room qui est dédié à ce projet, avec de nombreuses références.

Wolfgang Laib utilisant un fer chaud pour lisser les murs de la "Chambre de cire" , 
installée dans sa propriété en Allemagne. Courtesy of the artist.

Propos de l' artiste de 1993 au sujet de son projet de chambre de cire :
" Ce serait un endroit que seulement peu de gens à la fois pourraient visiter, mais en tout, beaucoup de monde... Une chambre de cire pour la montagne. Je crois aussi que faire cela en Europe, avec tout ce qui se passe autour de nous, serait un grand pari : quelque chose de complètement nouveau et de très antique. (...) Je me suis rendu plusieurs fois dans les Pyrénées, j'ai cherché et j' ai découvert des endroits incroyables autour du massif du Canigou. Des lieux élevés et éloignés de tout, mais pas trop en altitude. (...) Une chambre de cire comme celle-ci est faites en fonction de la montagne, mais elle est liée aussi à l' histoire, fabriquant quelque chose pour la vie dans le futur..."


"La chambre des certitudes" (2000), Commande publique à Arboussols, Pyrénées, France (détail : vue du sol).
Crédit photo: Annie Besset

Lire également un article de 2008 par Sabine Gignoux : "Wolfgang Laib, l'hymne à la Création au musée de Grenoble" sur le site la Croix.com.